
Dans la tribune LCF Québec
Une équipe de la LCF à Québec? Le vrai match se jouera autour du stade de 350 millions $
24 sept. 2026 · 7 vues
On peut parler de William Trudel.
On peut parler du vote rapporté des neuf gouverneurs de la Ligue canadienne de football.
On peut rêver d’une rivalité Québec-Montréal et imaginer 25 000 personnes dans les estrades pour accueillir les Alouettes.
Mais tôt ou tard, toute la discussion entourant la LCF à Québec revient exactement au même endroit.
Le stade.
Et plus précisément à un chiffre : environ 350 millions de dollars.
Selon les informations qui circulent depuis juin et qui ont refait surface cette semaine, le projet envisagé comprendrait la construction d’un stade extérieur d’environ 25 000 places sur le site du Colisée de Québec.
C’est probablement la pièce la plus importante de tout le dossier.
Parce qu’une équipe de football professionnel peut être relativement abordable à obtenir comparativement aux grandes ligues nord-américaines.
Un stade moderne de 25 000 places, lui, ne l’est pas.
Le Stade TELUS peut servir de pont, pas de destination
À première vue, certains pourraient poser une question parfaitement légitime : pourquoi construire un autre stade alors que Québec possède déjà celui de l’Université Laval?
La réponse se trouve en partie dans les chiffres.
Le Stade TELUS possède 12 817 places assises et une capacité maximale annoncée de 18 000 personnes. Il dispose d’une galerie de presse, de salons privés et de l’infrastructure nécessaire au football canadien.
Pour accueillir temporairement une franchise de la LCF, c’est défendable.
Pour devenir son domicile permanent, c’est une autre histoire.
Une organisation professionnelle doit générer des revenus avec ses loges, ses espaces corporatifs, ses concessions, ses activations commerciales, ses commandites et différentes catégories de billets.
Le stade n’est donc pas seulement l’endroit où l’on installe 25 000 chaises autour d’un terrain.
C’est une partie importante du modèle d’affaires.
Jacques Tanguay, associé depuis longtemps au succès du programme de football du Rouge et Or, s’est d’ailleurs montré très favorable à l’arrivée de la LCF à Québec. Selon les informations rapportées par 3DownNation, il estime cependant qu’un nouveau stade serait nécessaire.
Et le site du Colisée est intrigant
Il y a quelque chose de particulièrement intéressant dans l’endroit proposé.
Le vieux Colisée doit être démoli. Son terrain se trouve juste à côté du Centre Vidéotron.
On pourrait donc imaginer avec le temps un véritable secteur sportif et événementiel autour d’ExpoCité plutôt qu’un stade construit isolément quelque part en périphérie.
Sur papier, ça se défend.
Mais c’est ici que les questions difficiles commencent.
Un stade de 350 millions de dollars ne se finance pas avec quelques matchs de football et des hot-dogs.
Quelle part serait assumée par les investisseurs privés?
Quelle contribution serait demandée à la Ville?
Au gouvernement du Québec?
À Ottawa?
Le projet pourrait-il intégrer d’autres usages capables de générer des revenus?
Concerts? Soccer? Événements universitaires? Football amateur? Événements internationaux?
Pour l’instant, nous ne connaissons pas le montage financier. Et tant que nous ne le connaîtrons pas, il sera difficile d’avoir une discussion sérieuse sur la viabilité de l’infrastructure.
Il faut séparer deux débats
C’est probablement la chose la plus importante à retenir.
Il existe en réalité deux projets différents.
Le premier est celui d’amener une équipe de la LCF à Québec.
Le deuxième est celui de construire un stade de 350 millions de dollars.
On peut parfaitement croire au potentiel commercial d’une équipe tout en exigeant davantage d’information sur le financement du stade.
Inversement, un stade multifonctionnel pourrait éventuellement présenter un intérêt plus large que la seule LCF, mais il faudrait alors démontrer quels événements supplémentaires il accueillerait et quels revenus il pourrait générer.
Il faut donc éviter de tout mélanger.
La LCF semble réellement intéressée par Québec. Sportsnet rapporte que la ligue considère maintenant la capitale comme l’un de ses principaux candidats à l’expansion et qu’elle voit plusieurs caractéristiques favorables au marché.
C’est significatif.
Mais ça ne répond pas à la question du stade.
Un avantage : on a du temps
Le calendrier rapporté par le FM93 situe une éventuelle arrivée autour de 2030 ou 2031.
Et finalement, c’est peut-être une excellente nouvelle.
Parce qu’il n’y a aucune raison de précipiter ce dossier.
Si une équipe peut disputer temporairement ses matchs au Stade TELUS, Québec pourrait même disposer d’une période de transition intéressante.
Imaginez le scénario.
Une franchise est officiellement accordée.
On commence à vendre les abonnements.
L’équipe joue une première saison au PEPS.
On mesure réellement la demande.
Pendant ce temps, le nouveau stade se construit.
Ce serait presque un laboratoire grandeur nature.
Si 18 000 personnes se présentent régulièrement, les arguments commerciaux deviennent beaucoup plus faciles à démontrer.
Si l’engouement est plus modeste, on possède également une information extrêmement importante avant de compléter un investissement de plusieurs centaines de millions.
Le potentiel d'une Coupe Grey
Le FM93 rapporte également que Québec pourrait accueillir la Coupe Grey dès les débuts de la franchise si le nouveau stade voit le jour.
Ce serait évidemment un événement majeur.
Une Coupe Grey n’est pas seulement un match de football. C’est une semaine complète d’activités qui attire des partisans de partout au pays.
Mais là encore, il faudra distinguer la promesse événementielle du modèle économique à long terme.
Une Coupe Grey peut remplir un stade.
Le véritable défi est de le remplir régulièrement pendant les décennies suivantes.
C’est maintenant que le projet devient intéressant
Pendant longtemps, la question de la LCF à Québec pouvait être résumée ainsi : est-ce que la ligue serait intéressée?
Aujourd’hui, la réponse semble être beaucoup plus claire.
Oui, elle l’est.
Elle reconnaît publiquement des discussions avec un groupe local sérieux. Elle qualifie Québec de candidat important. Plusieurs médias rapportent même qu’un vote des gouverneurs aurait ouvert la voie à la poursuite du projet.
Le prochain obstacle n’est donc plus simplement sportif.
Il est immobilier, financier et politique.
Et avant de savoir si Québec aura son équipe de la LCF, il faudra probablement répondre à une question beaucoup plus terre-à-terre :
Comment construit-on un stade de 350 millions de dollars et, surtout, qui le paie?
C’est probablement là que se jouera le vrai match.



