
Dans la tribune LCF Québec
LCF à Québec: Où se trouve Pierre Karl Péladeau dans tout ça?
24 sept. 2026 · 5 vues
Depuis que le nom de William Trudel est sorti publiquement dans le dossier d’une éventuelle franchise de la Ligue canadienne de football à Québec, une autre question devient particulièrement intrigante.
Où se trouve Pierre Karl Péladeau dans tout ça?
La question est loin d’être farfelue.
Péladeau est propriétaire des Alouettes de Montréal. Québecor exploite le Centre Vidéotron. Il s’intéresse depuis longtemps au développement du sport professionnel à Québec. Et surtout, il s’est déjà déclaré favorable à l’arrivée d’une deuxième équipe de la LCF dans la province.
Mais après avoir fouillé les informations sorties au cours des derniers jours, il faut faire une distinction importante.
À l’heure actuelle, rien de crédible ne permet d’affirmer que Péladeau est un investisseur dans le groupe dirigé par William Trudel.
Le projet rapporté à Québec semble être celui de Trudel et possiblement d’autres investisseurs qui n’ont pas encore été identifiés publiquement.
Par contre, PKP est déjà beaucoup plus près du dossier qu’on pourrait le croire.
Péladeau a déjà voté sur Québec
C’est probablement le détail le plus intéressant de toute l’histoire.
Selon les informations de TVA et du FM93, les neuf gouverneurs de la LCF auraient voté à l’unanimité, le 9 septembre, afin de permettre au projet de Québec de progresser.
Parmi ces neuf propriétaires se trouve évidemment Pierre Karl Péladeau.
Autrement dit, si les informations concernant ce vote sont exactes, le propriétaire des Alouettes n’a pas tenté de protéger son marché contre l’arrivée d’un concurrent à Québec.
Il a voté pour faire avancer le projet.
3DownNation va encore plus loin et rapporte que Péladeau est pleinement favorable à l’arrivée d’une deuxième franchise de la LCF au Québec.
Ce n’est d’ailleurs pas une position complètement nouvelle.
En 2025, Péladeau disait déjà publiquement qu’une expansion était souhaitable et qu’il trouverait formidable que Québec obtienne une franchise. Il soulevait notamment le problème évident d’une ligue composée de neuf équipes.
Donc sur une chose, il semble y avoir très peu d’ambiguïté :
PKP veut une équipe de la LCF à Québec.
La vraie question est de savoir jusqu’où va cet appui.
Il y a un détail énorme : le territoire des Alouettes
C’est ici que le dossier devient particulièrement intéressant.
La constitution de la LCF attribue des territoires aux différentes franchises.
Et historiquement, le territoire attribué aux Alouettes n’est pas simplement Montréal.
C’est essentiellement la province de Québec, à l’exception d’une zone située à proximité d’Ottawa.
Ce n’est pas une interprétation journalistique. Le texte de la constitution de la LCF disponible auprès du gouvernement fédéral indique précisément que le territoire de Montréal comprend le Québec, sauf la portion située dans un rayon de 120 kilomètres de la Tour de la Paix à Ottawa. La LCF elle-même rappelait encore cette définition dans une publication officielle concernant ses choix territoriaux.
Évidemment, la ligue peut modifier ses territoires dans le cadre d’une expansion.
Elle devra même nécessairement le faire si Québec devient la dixième franchise.
Mais cela signifie quelque chose d’important :
on ne peut pas simplement déposer une équipe à Québec comme si les Alouettes n’existaient pas.
Le territoire actuel de Montréal devra être redéfini.
Et le gouverneur représentant les Alouettes autour de la table est Pierre Karl Péladeau.
Voilà pourquoi son vote favorable du 9 septembre, s’il est confirmé dans les détails rapportés, devient particulièrement significatif.
Mais ça ne veut pas dire que PKP devient propriétaire à Québec
C’est ici qu’il faut éviter de faire un raccourci.
Pierre Karl Péladeau possède personnellement les Alouettes depuis 2023. La LCF l’avait alors officiellement présenté comme l’acquéreur de la franchise et comme le gouverneur représentant Montréal au conseil de la ligue.
À Québec, les informations actuellement disponibles racontent une autre histoire.
Le FM93 identifie William Trudel, président et chef de la direction du Groupe Trudel, comme l’homme à la tête du projet. Stewart Johnston aurait même rencontré Trudel personnellement à Québec au cours des dernières semaines.
Le Groupe Trudel refuse pour l’instant de confirmer publiquement son implication, mais ne l’a pas non plus démentie directement.
La LCF, elle, parle simplement d’un « groupe local sérieux et déterminé » avec lequel elle a eu des discussions productives.
Aucun de ces reportages n’identifie Péladeau comme membre de ce groupe.
Pour l’instant, il faut donc considérer le groupe Trudel et la propriété des Alouettes comme deux dossiers distincts.
Mais distincts ne veut pas nécessairement dire indépendants.
Parce que Québecor est déjà installé exactement à côté
Regardons maintenant l’autre morceau du casse-tête.
Le scénario actuellement rapporté prévoit la construction d’un stade d’environ 25 000 places, évalué à 350 millions de dollars, sur le site de l’ancien Colisée.
Et qu’est-ce qui se trouve immédiatement dans ce secteur?
Le Centre Vidéotron.
Et qui exploite le Centre Vidéotron?
Québecor.
3DownNation souligne d’ailleurs directement cette connexion en parlant du soutien de Péladeau au projet : il est propriétaire des Alouettes et dirige Québecor, qui exploite le Centre Vidéotron à Québec.
Ça ne prouve absolument pas que Québecor participera au futur stade.
Mais commercialement, la proximité est difficile à ignorer.
Si un stade de football de 25 000 places était réellement construit sur le terrain du Colisée, il se retrouverait au cœur du même secteur événementiel que le Centre Vidéotron.
On pourrait alors imaginer toutes sortes de collaborations autour de la programmation, des commandites, des loges, de l'hospitalité, des événements, de la billetterie ou de l'exploitation.
Ce sont des possibilités, pas des informations confirmées.
Mais elles expliquent pourquoi Péladeau pourrait avoir un intérêt économique dans le succès du projet sans nécessairement posséder une seule action de la future équipe.
Et que deviendraient les Alouettes?
C’est peut-être la question la plus fascinante.
À première vue, on pourrait penser qu’une équipe à Québec serait une mauvaise nouvelle pour Montréal.
Les Alouettes perdraient l’exclusivité d’une bonne partie de leur territoire québécois.
Mais une autre lecture est possible.
Les Alouettes gagneraient quelque chose que l’argent achète difficilement : un véritable rival.
Montréal-Québec.
Deux équipes francophones.
Deux marchés séparés par environ 250 kilomètres.
Des matchs aller-retour.
Des partisans pouvant facilement se déplacer d’une ville à l’autre.
Une couverture médiatique provinciale beaucoup plus importante de la LCF.
Une semaine Québec-Montréal pourrait rapidement devenir l’un des événements les plus faciles à vendre de la saison.
La LCF elle-même identifie explicitement cette rivalité provinciale potentielle comme l’un des avantages du marché de Québec.
Et c’est peut-être exactement pour cette raison que Péladeau voit plus grand que la protection du territoire actuel des Alouettes.
Les Alouettes semblent d’ailleurs continuer leur propre projet
Il n’y a actuellement aucun signe que Péladeau prépare un désengagement des Alouettes pour se tourner vers Québec.
Au contraire.
Le 1er septembre, les Alouettes ont prolongé de deux saisons les contrats de Danny Maciocia et de Jason Maas. Maciocia est maintenant lié à l’organisation jusqu’en 2031 et Maas jusqu’en 2030.
Regardez les dates.
2030 et 2031.
C’est justement autour de 2030-2031 que les informations du FM93 situent l’arrivée possible de la franchise de Québec.
Ce n’est évidemment pas une preuve de quoi que ce soit.
Mais ça ne ressemble certainement pas à un propriétaire qui prépare sa sortie de Montréal.
La lecture la plus prudente actuellement serait plutôt celle-ci : Péladeau continue de construire les Alouettes à Montréal tout en appuyant l’arrivée d’une deuxième franchise au Québec.
Et il y a même un précédent intéressant cette année.
Les Alouettes ont tenu leur camp d’entraînement 2026 au PEPS de l’Université Laval, du 10 au 29 mai.
Le football professionnel montréalais et l’écosystème du football de Québec ont donc déjà commencé à se rapprocher avant même que le projet d’expansion ne sorte véritablement de l’ombre.
Et si PKP avait simplement intérêt à ce que Trudel réussisse?
C’est finalement l’hypothèse que je trouve la plus intéressante.
On cherche peut-être trop à savoir si Péladeau fait partie du groupe de William Trudel.
Il n’a peut-être absolument pas besoin d’en faire partie.
William Trudel pourrait posséder la franchise de Québec avec son propre groupe d’investisseurs.
Péladeau pourrait continuer de posséder les Alouettes.
Les deux pourraient devenir rivaux sur le terrain tout en ayant intérêt à faire grossir considérablement la LCF au Québec.
Et Québecor pourrait éventuellement trouver des occasions commerciales autour du nouveau stade ou de l’écosystème sportif d’ExpoCité sans posséder l’équipe.
Tout le monde pourrait y trouver son compte sans qu’il existe nécessairement une propriété commune.
Pour l’instant, c’est d’ailleurs ce que les faits disponibles suggèrent le plus fortement.
Une chose semble toutefois certaine : PKP n’est pas un obstacle
Pendant longtemps, une question aurait pu tuer immédiatement le projet :
Pourquoi le propriétaire des Alouettes accepterait-il qu’une deuxième équipe vienne s’installer dans son territoire?
Nous avons maintenant au moins une partie de la réponse.
Parce qu’il semble vouloir cette équipe lui aussi.
Péladeau s’était déjà publiquement montré favorable à Québec. Les informations de cette semaine indiquent maintenant qu’il aurait fait partie du vote unanime permettant au dossier d’avancer.
William Trudel semble être celui qui porte actuellement le projet de la future franchise.
Pierre Karl Péladeau demeure celui qui possède les Alouettes.
À ce jour, aucune information solide ne permet de réunir les deux hommes au sein du même groupe d’investisseurs.
Mais si le projet de Québec continue d’avancer, leurs chemins devront presque obligatoirement se croiser.
Il faudra redéfinir le territoire des Alouettes. Il faudra créer la rivalité Québec-Montréal. Il faudra développer la présence commerciale de la LCF dans toute la province. Et si le stade de 350 millions voit réellement le jour sur le site du Colisée, il sera construit directement dans l'écosystème événementiel où Québecor est déjà un acteur majeur.
Péladeau n’a donc pas besoin d’être derrière le projet de William Trudel pour devenir l’un des personnages importants de son histoire.
Et peut-être que la meilleure question n’est finalement pas :
« Est-ce que PKP fait partie du groupe de Québec? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce que PKP voit dans une rivalité Montréal-Québec pour avoir déjà décidé qu’il voulait qu’elle existe? »
C’est cette réponse-là qui risque d’être particulièrement intéressante à découvrir au cours des prochains mois.



