
Dans la tribune LCF Québec
LCF à Québec : et si le Rouge et Or était la meilleure preuve que le projet peut fonctionner?
24 sept. 2026 · 6 vues
Il y a une question qui revient chaque fois qu’on parle d’une éventuelle équipe de la Ligue canadienne de football à Québec.
Et le Rouge et Or?
Pendant des années, on a presque présenté les deux comme s’ils étaient incompatibles.
Québec possède déjà son équipe de football. Elle joue à l’Université Laval. Elle gagne. Elle attire des foules impressionnantes. Elle est profondément implantée dans la communauté.
Pourquoi risquer de diviser le marché?
La question est légitime.
Mais plus le projet de la LCF devient concret, plus j’ai l’impression qu’on pourrait avoir regardé le problème complètement à l’envers.
Le Rouge et Or n’est peut-être pas l’obstacle à une franchise professionnelle.
Il est peut-être justement la meilleure démonstration que Québec est un marché de football différent des autres.
16 018 personnes pour du football universitaire
Regardons simplement ce qui vient de se passer.
Le 19 septembre, le Rouge et Or recevait le Vert et Or de Sherbrooke au Stade TELUS.
Assistance : 16 018 personnes.
Pas pour une finale nationale.
Pas pour une équipe professionnelle.
Pour un match de saison régulière universitaire.
Le Stade TELUS possède officiellement 12 817 sièges et peut accueillir jusqu’à 18 000 spectateurs.
Dans le contexte du football universitaire canadien, cette capacité d’attraction est remarquable.
Et la LCF le sait.
Son commissaire Stewart Johnston a lui-même évoqué la passion des amateurs de football de Québec et la fierté entourant le Rouge et Or lorsqu’il a parlé du marché cette semaine. La ligue affirme également voir à Québec une combinaison intéressante de passion sportive, de soutien communautaire et corporatif et de croissance du marché.
Autrement dit, le succès du Rouge et Or fait partie de l’argumentaire en faveur de Québec.
Jacques Tanguay ne semble pas inquiet
Un autre élément est particulièrement révélateur.
Jacques Tanguay, figure intimement associée au développement du programme de football de l’Université Laval, s’est montré très favorable au projet.
Lors d’une entrevue au FM93, il a affirmé croire qu’une franchise de la LCF à Québec pourrait connaître un important succès. 3DownNation rapporte également qu’il considère le Rouge et Or comme un éventuel partisan enthousiaste du projet, tout en soulignant la nécessité d’un nouveau stade pour la franchise professionnelle.
Ça mérite qu’on s’y attarde.
S’il y avait quelqu’un qui pourrait naturellement craindre qu’une équipe professionnelle vienne cannibaliser le marché du Rouge et Or, ce serait précisément l’un des bâtisseurs de ce programme.
Or, le discours est plutôt celui de la complémentarité.
Et je pense que c’est là que le projet devient réellement intéressant.
Québec pourrait avoir une véritable culture du football
Dans plusieurs marchés sportifs, une équipe professionnelle doit pratiquement construire son public à partir de zéro.
À Québec, ce ne serait pas le cas.
Il existe déjà des milliers de personnes qui connaissent le football canadien.
Des jeunes jouent au football.
Des écoles possèdent des programmes.
Le Rouge et Or est suivi depuis des décennies.
Les partisans comprennent les règles canadiennes et connaissent l’expérience d’un match extérieur à l’automne.
Ce n’est pas un détail.
Une franchise professionnelle pourrait arriver dans un marché où une partie du travail culturel est déjà faite.
La LCF n’aurait pas à expliquer pourquoi le football mérite une place dans le paysage sportif de Québec.
Elle devrait plutôt convaincre les amateurs que cette nouvelle équipe est la leur.
Et c’est une mission très différente.
Mais attention à une conclusion trop facile
Le succès du Rouge et Or ne garantit absolument pas celui d’une équipe professionnelle.
C’est important de le dire.
Les précédentes expériences de la LCF à Québec ont d’ailleurs produit des résultats plutôt ordinaires.
Selon 3DownNation, 10 358 spectateurs avaient assisté à un match préparatoire entre les Alouettes et les Renegades d’Ottawa en 2003. En 2015, un autre match préparatoire entre Montréal et Ottawa n’avait attiré que 4 778 personnes.
Ce sont des chiffres qu’on ne peut pas simplement ignorer parce qu’ils ne cadrent pas avec l’enthousiasme actuel.
Mais il y a une différence fondamentale.
Aucune de ces équipes ne représentait Québec.
C’était du football de la LCF joué à Québec.
Ce n’était pas l’équipe de Québec.
Et dans le sport professionnel, l’identité locale change énormément de choses.
Québec-Montréal pourrait devenir le moteur
C’est ici que le projet possède un avantage presque impossible à reproduire ailleurs.
Les Alouettes.
Une équipe de Québec créerait immédiatement une rivalité provinciale.
La LCF l’a elle-même identifié comme l’un des avantages du marché : une deuxième franchise québécoise permettrait de renforcer sa présence dans la province et de créer un rival naturel à Montréal.
Imaginez maintenant cette dynamique combinée à celle du football universitaire.
À l’automne, Québec pourrait avoir le Rouge et Or le samedi et une équipe de la LCF le dimanche.
Des joueurs universitaires pourraient éventuellement passer au niveau professionnel.
Des jeunes pourraient suivre les deux.
Les commanditaires pourraient être présents dans tout l’écosystème.
Et le football pourrait occuper une place médiatique beaucoup plus importante dans la région.
Il ne faudrait évidemment pas programmer les matchs n’importe comment. Une collaboration entre les organisations serait essentielle afin d’éviter de se battre inutilement pour les mêmes spectateurs aux mêmes heures.
Mais si cette collaboration existe, l’un pourrait très bien alimenter l’autre.
Le PEPS comme premier domicile serait symboliquement parfait
Selon les informations qui circulent, une éventuelle équipe pourrait même jouer une ou deux saisons au Stade TELUS avant l’ouverture d’un nouveau stade de 25 000 places sur le site du Colisée.
Je trouve l’idée fascinante.
Pas nécessairement comme solution permanente : le stade universitaire est trop petit pour le modèle envisagé à long terme.
Mais comme point de départ?
Difficile d’imaginer meilleur symbole.
La nouvelle équipe professionnelle commencerait son histoire exactement à l’endroit où Québec a construit sa réputation de ville de football.
Puis elle déménagerait éventuellement dans son propre domicile.
Le football plutôt que simplement la LCF
C’est peut-être de cette façon qu’il faut réfléchir au projet.
La question n’est pas nécessairement de savoir si Québec peut soutenir le Rouge et Or plus une équipe de la LCF.
La question est de savoir si Québec peut devenir un véritable marché de football, avec différents niveaux qui se renforcent mutuellement.
On possède déjà la base universitaire.
On possède les amateurs.
On possède une tradition.
Selon les informations sorties cette semaine, un groupe d’investisseurs travaille maintenant sérieusement sur une franchise professionnelle et la LCF considère Québec comme l’un de ses principaux candidats à l’expansion.
Il manque encore énormément de morceaux.
Le financement du stade demeure une question majeure. L’identité exacte du groupe d’investisseurs n’est pas officiellement annoncée. Et malgré les informations entourant un vote des gouverneurs, aucune franchise n’a encore été formellement accordée.
Mais une chose devient difficile à contester : Québec n’a pas besoin de découvrir le football.
Elle l’aime déjà.
Le défi d’une future organisation serait de transformer cette passion pour le football à Québec en passion pour une équipe professionnelle de Québec.
Et le Rouge et Or pourrait bien être moins un concurrent qu’un formidable point de départ.



