
Dans la tribune LCF Québec
LCF à Québec : cette fois, la rumeur commence sérieusement à ressembler à un projet
24 sept. 2026 · 21 vues
À Québec, on connaît la chanson.
Un projet de sport professionnel apparaît. Quelques informations circulent. Les amateurs s’emballent. Des politiciens se montrent intéressés. Puis les mois passent et le projet finit par disparaître tranquillement.
C’est justement pour cette raison qu’il faut garder une certaine prudence avec tout ce qui entoure actuellement l’arrivée possible de la Ligue canadienne de football à Québec.
Mais il faut aussi reconnaître une chose : cette fois, il se passe quelque chose de différent.
Et ce n’est plus seulement une impression.
La LCF elle-même reconnaît maintenant avoir eu des discussions productives avec un groupe local qu’elle décrit comme sérieux et déterminé. Dans une déclaration transmise à Sportsnet, la ligue a même qualifié Québec de « leading contender », donc l’un des principaux candidats à une éventuelle expansion. Elle cite notamment la passion des amateurs de football, le soutien corporatif potentiel, la croissance économique et démographique ainsi que la possibilité de créer une rivalité naturelle avec Montréal.
Ça, c’est déjà beaucoup plus concret qu’une simple rumeur.
Le fameux vote du 9 septembre
L’information la plus importante est cependant celle rapportée par TVA et reprise par plusieurs médias : le 9 septembre, les neuf gouverneurs de la LCF auraient donné leur aval pour faire progresser le dossier de Québec.
Selon 3DownNation, seuls les principaux membres votants étaient présents, soit les propriétaires ou dirigeants des neuf concessions actuelles. Le média précise toutefois qu’un porte-parole de la LCF n’a pas confirmé officiellement que ce vote avait eu lieu.
La nuance est importante.
On ne peut donc pas écrire aujourd’hui que Québec possède officiellement sa franchise.
Très loin de là.
Mais si l’information sur ce vote est exacte, on ne parle plus d’une ville qui essaie simplement de convaincre la LCF de l’écouter. On parle d’un marché dont la candidature aurait obtenu l’appui des neuf organisations déjà membres du circuit.
Et ça change considérablement la nature du dossier.
William Trudel entre dans l’histoire
L'autre développement majeur concerne l'identité du groupe derrière le projet.
Selon Sylvain Bouchard du FM93, le promoteur immobilier William Trudel serait le principal homme d’affaires derrière l’initiative. Le commissaire Stewart Johnston aurait même rencontré Trudel récemment dans un restaurant de Québec.
Le Groupe Trudel n’a pas confirmé cette information. Son porte-parole David Chabot a plutôt indiqué que l’entreprise ne commentait pas les rumeurs et qu’elle parlerait lorsqu’il y aurait quelque chose de concret à annoncer.
Encore là : prudence.
Mais nous sommes quand même rendus loin du scénario où quelqu’un lance publiquement l’idée d’une équipe sans propriétaire potentiel, sans projet d’infrastructure et sans discussions avec la ligue.
Il semble y avoir un groupe.
Il semble y avoir des discussions.
Il semble y avoir un plan.
Et surtout, il y a un projet de stade
C’est probablement l’élément qui rend toute l’histoire crédible.
Depuis juin, les informations de Sylvain Bouchard font état d’un projet de stade extérieur d’environ 25 000 places, évalué à quelque 350 millions de dollars, qui pourrait être construit sur le site du Colisée de Québec.
Le Colisée doit justement être démoli, ce qui libérerait éventuellement un emplacement extrêmement intéressant à proximité du Centre Vidéotron.
En attendant la construction, une équipe pourrait temporairement jouer au Stade TELUS de l’Université Laval.
Ce ne serait évidemment pas une solution permanente. Le Stade TELUS compte officiellement 12 817 places assises et peut accueillir jusqu’à 18 000 personnes.
Mais pour une ou deux saisons de transition?
Pourquoi pas.
Ça permettrait même de tester réellement le marché avant l’ouverture du nouveau stade.
2030 ou 2031
Selon les informations du FM93, l’objectif serait de lancer la nouvelle franchise autour de 2030 ou 2031. Il est également question d’un coût initial d’environ 25 millions de dollars pour obtenir la concession.
Ce calendrier semble beaucoup plus réaliste qu'une arrivée précipitée.
Il faudrait constituer l’organisation, régler le financement, construire un stade, développer l’identité de la nouvelle équipe, vendre des abonnements de saison, signer des partenaires et préparer tout l’écosystème commercial.
Et surtout, il faudrait transformer l’enthousiasme actuel en modèle économique durable.
Parce que c’est là que le projet devra éventuellement être jugé.
Québec aime-t-elle vraiment le football professionnel?
C’est probablement la question la plus intéressante.
On entend souvent que Québec est une ville de football à cause du Rouge et Or.
C’est vrai.
Le 19 septembre dernier, encore une fois, plus de 16 000 personnes se sont déplacées au Stade TELUS pour un match universitaire contre Sherbrooke.
Mais aimer le Rouge et Or et acheter des billets pour neuf matchs locaux d’une équipe professionnelle sont deux choses différentes.
L’histoire invite d’ailleurs à une certaine prudence. Selon 3DownNation, un match préparatoire entre Montréal et Ottawa disputé à Québec en 2015 n’avait attiré que 4 778 spectateurs. Un autre en 2003 avait attiré 10 358 personnes.
Ce ne sont pas exactement des chiffres qui garantissent un stade plein.
Mais ce n’était pas non plus une équipe de Québec.
Et cette différence est immense.
Une vraie concession possède une identité, des joueurs, des rivalités, une saison complète et surtout un sentiment d’appartenance que ne créera jamais un match préparatoire importé occasionnellement.
La rivalité avec Montréal pourrait tout changer
C’est probablement l’aspect que je trouve le plus intéressant dans le projet.
Québec contre Montréal.
Pas une fois.
Deux ou trois fois par année.
Imaginez un match Montréal-Québec devant 25 000 personnes dans la capitale, puis le match retour à Montréal.
Pour la LCF, ce serait une rivalité naturelle qu’elle n’aurait pratiquement pas besoin de fabriquer.
Et la ligue elle-même le souligne dans sa déclaration : une deuxième équipe québécoise renforcerait sa présence dans la province tout en créant cette rivalité.
Voilà peut-être ce qui distingue réellement Québec des autres marchés envisagés pour une expansion.
On n’a pas encore une équipe. Mais on a enfin un dossier.
Il reste énormément de questions.
Qui sont exactement les investisseurs?
Quelle serait la structure de propriété?
Qui paierait les 350 millions de dollars du stade?
Quel serait le partage entre financement privé et financement public?
Le site du Colisée est-il définitivement retenu?
Et surtout, la LCF accordera-t-elle officiellement une franchise?
Toutes ces réponses manquent encore.
Il serait donc beaucoup trop tôt pour célébrer l’arrivée d’une équipe.
Mais pour une fois, la question n’est peut-être plus simplement : « Est-ce que quelqu’un aimerait avoir la LCF à Québec? »
Elle devient plutôt : « Est-ce qu’on réussira à réunir toutes les conditions pour que ce projet se réalise? »
Ça peut sembler être une petite différence.
Dans l’histoire du sport professionnel à Québec, c’est énorme.



